A l'origine de la fête des Maqueux d'saurets

Publié le par Le Ternois de service

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 Cliquez sur la photo pour accéder à l'album consacré à cette fête.

 

Fallait-il que les Ternois du début du XXe siècle aient la fibre festive à en oublier le sens de la pénitence pour faire du mercredi des cendres, premier jour du carême de la communauté catholique, l'une des plus grandes fêtes de l'année.

Depuis le bureau de l'association commerciale, Daniel Druart mit un point d'honneur à se tenir à cette date lorsqu'en 1985, il exhuma de l'oubli la fête des Maqueux d'saurets dont il a depuis cédé l'organisation à d'autres qui, sous l'impulsion du centre culturel, préférèrent à la fin des années quatre-vingt la programmer aux beaux jours.

Dans son entreprise, Daniel Druart avaitr réussi au passage à éveiller les souvenirs d'enfance de M. Davroux, un vieux ternois. Son témoignage devrait apaiser la curiosité de toutes celles et tous ceux qui invariablement, se demande comment se passait autrefois cette fameuse fête des Maqueux d'saurets.

 

C'est avant la guerre de 1914 que les fêtes costumées masquées avaient le plus de vogue, tant à Paris qu'en province.

A Paris, vers 1830-1840, tous les parisiens se trouvaient dans la rue le Mardi gras formant des groupes costumés et masqués. Certains, sous la conduite de Lord Seymour dit «  Milor l'arsouille » se rendaient dans les guinguettes nombreuses dans le quartier de la Courtille (20e arrondissement).

Le mercredi des cendres, lendemain de Mardi gras, tout le monde redescendait vers le centre de la capitale par les faubourgs du Temple et de Belleville, formant des groupes joyeux. Les fabriques, usines, commerçants etc ne travaillaient pas, en principe, le matin de ce jour là.

En Province, il en était un peu de même et le Mardi gras était fort apprécié.

A Tergnier, dès l'avènement du Chemin de fer du nord vers 1850, on s'inspira de ce qui se passait à Paris et ailleurs pour fêter joyeusement le Mardi gras et aussi la mi-carême.

Le Dépôt des locomotives était important et la ligne d'Amiens ouverte le 1er juillet 1867 permit aux personnels roulants des machines d'aller à Boulogne grâce à la ligne Paris-Amiens inaugurée le 17 avril 1848.

Les mécaniciens, chauffeurs et agents de train ne manquaient pas de se promener sur les quais car la gare de Boulogne était proche du port. Boulogne était un port de pêche et les chalutiers ramenaient des charges importantes de harengs. Certains allaient également pêcher le hareng à la ligne sur les jetées du port.

A chaque voyage, les personnels ramenaient des harengs saur. S'inspirant des pêcheurs à la ligne, ils se promenèrent le mercredi des cendres dans les rues avec des harengs saur au bout d'une ligne.

Par ailleurs, ces cheminots de Tergnier avaient été baptisés par les habitants des communes voisines de «  saurets », puis de «  maqueux d'saurets ».

C'est approximativement vers 1875 que l'on se mit à «  tirer le hareng saur » dans les rues de Tergnier, et c'est à cette époque – et jusque 1914-, que cette manifestation enregistra ses plus grands succès populaires.

Après la guerre vers 1920, on renoua avec cette tradition mais la fête n'était pas comparable à celles d'avant guerre car avant 1914, les ateliers du chemin de fer fermaient l'après midi et tout le monde était libre (la semaine anglaise n'existait pas.)

Je me souviens du Mardi gras 1914 car, enfant, j'étais costumé avec mes parents, ma famille et des amis et nous avions été au bal masqué de « l'Alcazar », rue de la gare ( démoli en 1917 et non reconstruit).

Le Casino était le nom que les Ternois avaient donné à cette salle dont le vrai nom était Solidarité ternoise, ou encore Maison du peuple, à l'emplacement de l'actuel Casino, rue Marceau.

Le jour de mardi gras, les enfants en vacances suivaient les déguisés en chantant :

 

"Mardi gras il n'est pas mort car il vit encore

Il n'a pas de sous, il n'a que des poux,

Il n'a que des culs de fer blancs pour remplacer les pièces cent sous."

 

… Moyennant quoi ils espéraient qu'on leur jetterait quelques menues monnaies.

Le soir, c'était le bal masqué à l'Alcazar; le lendemain, on tirait le hareng saur et les enfants chantaient le même refrain avec le même espoir.

Il leur fallait mettre leurs lèvres en contact avec le sauret pour avoir quelques petites pièces.

Le soir, il y avait à nouveau bal masqué, ainsi que le dimanche suivant.

Il en était ainsi encore entre les deux guerres.

Je me souviens de Mardi gras le 21 février 1928.

Déguisés et masqués, avec des camarades, ,nous avions été au bal à la salle Excelsior de la cité des cheminots (place de France, détruite en 1944).

Le lendemain, mercredi 22 février, nous étions à nouveau déguisés mais non masqués car on ne se masquait pas en général ce jour-là.

Par contre le soir, nous retournions au bal masqué à la salle Excelsior.

Les masques étaient ôtés à minuit et cette remise en ordre réservait bien des surprises.

Le dimanche suivant le jeudi de la mi-carême était en 1928 le 18 mars.

Ce dimanche là comme chaque année, on réalisait cinq ou six chars fleuris. Dans l'un se trouvait l'Harmonie des cheminots avec M. Guel (père); dans le principal se trouvait la Reine de Tergnier avec ses demoiselles d'honneur haut perchées ( on ne parlait pas à l'époque de Miss Tergnier).

Une dizaine de cavaliers costumés caracolaient le long des chars; des cyclistes escortaient le convoi avec des bicyclettes fleuries et plusieurs groupes participaient au défilé qui, partant de la place de France dans la cité des Cheminots, parcourait les rues principales de la ville avec une incursion dans l'entrée de Fargniers et de Vouel.

J'avais participé à la création d'un groupe de bigophones en carton dur fonctionnant parfaitement. Nous étions une trentaine à animer ces distractions.

Parmis ces camarades dont beaucoup nous ont quitté, je me souviens de Marcel Grimond qui était jeune, d'Antoine Michaux, de François Ferdinand et d'autres encore âgés de 17 à 20 ans.

Le soir, nous nous retrouvions au bal masqués et parés. A cette époque, tout paraissait merveilleux; nous étions, me semble t-il, très sentimentaux et nous ne connaissions pas la violence. Notre désir de nous amuser était grand.

Les mauvais sujets recherchant la bagarre étaient peu nombreux et ne fréquentaient pas les bals ordinaires mais ceux qui se déroulaient dans certains cafés connus pour ce genre de manifestation.

Les rues particulièrement animées le mercredi des cendres étaient la rue de la gare, le boulevard Henri Martin (à présent Gustave Grégoire), le boulevard gambetta, la rue des ateliers qui aboutissait sur la place du marché, la rue La Fontaine et la rue de Quessy ( actuelle Jean Moulin).

 

A ce témoignage riche de précisions, M. Davroux ajoutait à l'intention de Daniel Druart des voeux de réussite dans son entreprise d'exhumation de la fête des Maqueux d'sauret. Manifestement, les cieux l'ont entendu.

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