Automne 1955: les Castors intègrent leurs nids

Publié le par Le Ternois de service

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Rue Védrine, seuls les toits, désormais en pente, ont changé en l'espace de 55 ans.

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30 septembre 1955: les clefs des premiers logements sont remises à leurs propriétaires.

 

A plusieurs, on est plus fort. Ce fut la devise de l’association Le toit du cheminot fondée en décembre 1953 à l’initiative du chef de gare principal de Tergnier M. Lemaire qui en fut porté à la présidence d’honneur.

Objectif : construire «  ensemble » une maison pour chacun.

A respectivement 90 et 87 ans, Yves Harny et son épouse Simone habitent toujours la leur, de maison, rue Védrine.

De cette grande aventure humaine inspirée de l’expérience des Castors est né un quartier de près de cent vingt logements au confins de Tergnier, Quessy et Vouel.

« L’idée a germé surtout chez les roulants entre Marcel Laurence, MM. Domont ou encore Verlin. Moi, je travaillais à l’Exploitation mais je m’entendais bien avec tout le monde alors je me suis lancé à leurs côtés » se souvenait Yves Harny interrogé sur le sujet en 2007.

Marcel Laurence avait-il quelque expérience en matière d’auto construction ? « Pas du tout mais cela ne le gênait pas d’aller pousser la porte d’un haut-placé en bleu de travail pour faire avancer les choses ! »

De fait, « les choses » n’ont pas traîné. « La SNCF nous a vendu les terrains à un prix défiant toute concurrence ; elle nous a vraiment fait un cadeau ! »

Lui, Yves Harny, a payé sa parcelle de 600 m2 106000F de l’époque. Avec la construction de son F3, l’opération lui est globalement revenue à 1,757 millions d’anciens francs.

« C’était pas cher mais pour nous, c’était déjà beaucoup car on gagnait peu ! » se souvient son épouse.

Ce que les pionniers du Toit du cheminot ne pouvaient s’offrir, ils le construisirent eux-mêmes ; et comme ils ne pouvaient le construire individuellement, ils le firent collectivement et mutuellement.

« Au départ, nous étions une quarantaine et il n’y avait rien ; pas même de route » témoigne Yves Harny.

Le sien, de logement, est construit sur le site de l’ancienne piscine qu’il a fallu remblayer. En bons cheminots, ils ont installé une petite voie de 60 et transporté la terre et les gravas par wagonnets.

Il fallut aussi déboiser. « Derrière, il y avait des peupliers ; nous les avons abattus. C’est moi qui montais dedans pour accrocher les câbles car il fallait préserver la ligne électrique » raconte Yves qui se souvient au passage d’une chute douloureuse.

Ensembles, ces constructeurs d’un genre nouveau creusèrent les caves et les fondations, ils amenèrent l’eau et assurèrent les finitions sans aucun décompte du temps passé respectivement sur l’un ou l’autre des bâtiments.

Le Toit du cheminot, lui, assura toutes les démarches administratives et négocia avec les entreprises les meilleures conditions d’édification du gros œuvre.

Le 30 septembre 1955 très exactement, le directeur de la région Nord SNCF M. Goursat remettait à leurs nouveaux propriétaires les clefs des six premiers logements d’une première tranche de vingt-deux.

Au début des années soixante, ce sont cent-vingt logements qui étaient ainsi sortis de terre ; cent vingt logements qui, à la différences de ceux de la cité des cheminots d’avant guerre, appartiennent aux Cheminots.

Succédant aux différentes compagnies qui se partageaient la gestion du réseau national jusqu’en 1937, la SNCF renonce progressivement au modèle social développé à Tergnier par Raoul Dautry pour le compte de la Compagnie du Nord et s’efforce, au contraire, d’intégrer le Cheminot nouveau dans la ville. Pour autant, subsiste de l’ère Dautry une culture dont le directeur de la région Nord, le jour de la remise des premières clefs, exposait les piliers que l’on eut pu attribuer à Dautry lui-même: l’esprit d’épargne, l’amour du travail et la solidarité.

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Directeur de la région Nord, M. Goursat s'entretient avec ses cheminots " maçons du dimanche".

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Les négociations avec les entreprises pour l'édification du gros oeuvre ont été menées par le Toit du Cheminot.

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