La stèle du 113e R.I. à la gloire des Cheminots

Publié le par Le Ternois de service

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Quatre-vingts-douze ans après l'armistice du 11 novembre 1918, il apparaît désormais clairement que la stèle du 113e R.I., première escale du programme marathon des cérémonies commémoratives de ce 11 novembre 2010, fut érigée à la gloire des Cheminots fédérés par Raoul Dautry.

Sans eux, la contre-offensive décisive lancée durant l'été 1918 n'eut pas connu l'issue que l'on célèbre aujourd'hui; en tout cas pas si tôt et peut-être même pas du tout tant il paraît inconcevable que l'Etat major allié ait pu alimenter le front de la reconquête en l'absence de moyens de transports massifs.

Si la mémoire cheminote est longtemps restée enfouie sous les apparences d'un hommage au seul 113e régiment d'infanterie, c'est que la stèle elle-même, hors de son contexte, est équivoque et, pour tout dire, érigée sur le théâtre d'une bataille où elle n'a pas lieu d'être.

«Ici fut repoussé l'envahisseur » est-il gravé dans le béton de cette borne Moreau-Vauthier tandis qu'une autre gravure sur le soubassement de l'oeuvre rend hommage au 113e R.I..

Vrai et faux à la fois.  Vrai parce que le 113e R.I. a effectivement mené sur le site en mars 1918 une héroïque résistance à l'offensive allemande lancée depuis la ligne de front Laon-Arras en direction d'Amiens et Paris.

Faux parce que le recul de l'envahisseur dont font état toutes les bornes Moreau-Vauthier ( NDR: entre 220 et 280 selon les sources d'information) érigées de l'Est au Nord de la France se réfère à la  ligne de front de juillet 1918  lors du lancement de la contre-offensive décisive des alliés et dessinant une ligne château Thierry, Soissons Amiens-Est.

Conclusion: aucune borne Moreau-Vauthier n'a de raison historique de se trouver érigée à moins de 40 kilomètres au sud de Tergnier. A moins que la route de la reconquête dessinée par l'ensemble des bornes intègre d'autres formes de combats que celles dans lesquelles s'illustrèrent les valeureux poilus; hypothèse étayée par la promotion de Raoul Dautry dans l'ordre de la légion d'honneur à titre militaire.

 

Dautry le magnifique

 

C'était le 15 août 1918 lors de l'inauguration par le président du Conseil de la « Voie des cent jours » reliant le Nord au Sud de la Somme et par là le Nord de la France à la région parisienne.

Coupée depuis la percée allemande du printemps 1918 en direction de Paris, cette liaison ferroviaire marque un brutal virage dans le cours de la guerre. Privés de moyen de transport de masse, les alliés sont contraints de débarquer leurs troupes loin de la ligne de front que les hommes rejoignent au terme de longues marches forcées. Impossible dans ces conditions d'envisager une reconquête du territoire.

Le verdict de l'étude de faisabilité confiée par les autorités française à la Compagnie des chemins de fer du Nord est sans appel: seule la construction d'une double voie contournant Amiens par l'Ouest est de nature à rétablir la capacité de circulation requise par la situation sur le plan militaire.

Celui du génie militaire n'est pas moins formel: une telle voie ne saurait être opérationnelle dans le meilleur des cas avant dix-huit mois, perspective à laquelle Foch, général en chef des armées alliées en France, ne saurait se résoudre alors que les Allemand sont déjà si proche de Paris.

On se tourne alors vers Raoul Dautry, un jeune ingénieur qui, à la tête des ateliers d'Ermont fait depuis deux ans des miracles dans l'art de reconstruire les voies détruites par l'ennemi.

Son verdict, à lui, est plus conforme aux attentes des autorités: «  donnez moi trois mois! »

Dès le 1er mai, il s'y met, à la tête d'une escouade de 12000 hommes, cheminots et militaires confondus. Et le 1er août, il livre la voie.

En même temps que ses insignes de chevalier, à titre militaire, dans l'ordre de la Légion d'Honneur, Dautry vient de remporter la première bataille du rail et, avec elle, une bataille décisive de la guerre à la misère qu'il livre depuis son entrée à la Compagnie du Nord .

Ses armes? Une nouvelle organisation du travail et une nouvelle approche - humaniste – des relations entre employeurs et employés. C'est de cela dont il est question dans sa «  cité modèle » de Tergnier. Une cité dont il distille les ferments de la cohésion au travers d'une architecture soigneusement étudiées pour véhiculer en permanence ses message, à la façon des «  catéchèses monumentales » que sont les cathédrales.

Au coeur de cette cité justement, là où est érigé dans une cathédrale l'autel, il fallait un symbole dans lequel l'ensemble de la population de la cité reconnaisse l'incarnation de la droiture et du sens du sacrifice; Tergnier justement, n'avait pas oublié le printemps 1918 et les combats désespérés livrés par le 113e R.I. pour gagner 24 heures salvatrices pour Paris.

 

 

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