Le grand virage de la promotion 1961-1964 des apprentis SNCF

Publié le par Le Ternois de service

 

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Un demi-siècle plus tard, onze apprentis de la promotion 1961-1964 se sont retrouvés.

 

Dans la longue liste des retrouvailles d'anciens apprentis SNCF qui ponctue régulièrement l'actualité ternoise, celle de la promotion 1961-1964 tient une place très particulière dont la forme même éclaire les spécificités.

Un demi-siècle plus tard, ils se sont pour la première fois retrouvés collectivement mardi 3 avril 2012 au restaurant d'entreprise comme beaucoup d'autres l'ont fait avant eux.

 

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La promotion 1961-1964 est celle qui a fermé l'ancien centre d'apprentissage du boulevard Salomon de Caus.

 

Un demi-siècle plus tard, ils se sont souvenus en chœur de leurs années d'apprentissage à Tergnier, de l'excellence de leur formation, de leurs formateurs et même de leurs collègues dont ils n'ont pu retrouver la trace mais qu'ils ont néanmoins tenu à associer à leur joie commune. « Nous étions vingt-neuf ; sept d'entre nous sont décédés, sept également n'ont pas pu faire le déplacement et nous ne sommes pas parvenus à retrouver la trace des quatre derniers » précise Hervé Trullard qui, avec André Bouvelle a initié et réglé ces retrouvailles particulières.

Les Cheminots en effet, n'avaient pas mardi le monopole du souvenir car bien qu'elle cultive le patrimoine commun de sa formation initiale au point de renouer les liens un demi-siècle plus tard, cette promotion 1961-1964 compte en son sein un tau peu ordinaire de «  déserteurs » du rail.

 

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A l'aube des années soixante, le complexe atelier-dépôt vapeur et centre d'apprentissage forme une masse compacte au nord de la cité cheminote.


Cette promotion-là est celle du grand virage technologique opéré par la SNCF lorsqu'elle sortit de l'ère de la vapeur pour entrer dans celle du diesel et de la traction électrique. Elle est aussi celle qui, plus localement, a fermé l'ancien centre d'apprentissage du boulevard Salomon de Caus aujourd'hui livré aux herbes folles.

« Ce fut un tournant » se souvient Hervé Trullard. « Lorsque je suis sorti du centre d'apprentissage, je me suis retrouvé au dépôt d'Aulnois à découper en morceaux des locomotives à vapeurs et franchement, j'aspirais à autre chose. Je suis ensuite parti en région parisienne mais lorsque l'on se retrouvait en région parisienne en 1970, marié avec un enfant et un salaire très peu élevé, c'était très difficile. J'ai quitté la SNCF mais comme je ne voulais pas quitter pour autant le service public, j'ai repris mes études. »

Et voilà comment l'ancien apprenti, CAP d'ajusteur mécanicien en poche, rejoignit au sein du CNRS la petite fille de Marie Curie avec laquelle il travailla dans le secteur de la physique nucléaire.

« La SNCF enregistra à cette époque une forte hémorragie de Cheminots » commente t-il. «Nous bénéficions d'une formation d'excellente qualité ; nous étions très demandés sur le marché du travail. »

La politique sociale de la SNCF d'après guerre marquait-elle à ce point le pas par rapport à celle de la compagnie des chemins de fer du Nord avant guerre pour qu'elle ne suffise plus à compenser la faiblesse des salaires ?

Hervé Trullard est formel : le problème était ailleurs. Peut-être un peu aussi dans le contexte. « La politique sociale de l'entreprise était toujours d'un haut niveau : dispensaires, colonies de vacances... Les salaires stagnaient vraiment trop dans une époque où le changement nous faisait moins peur. »

André Bouvelle confirme. Lui, n'a pas «  déserté » les rangs de la SNCF. Il y mena même une brillante carrière bouclée, en tant qu'ingénieur, à la maintenance de l'Eurostar. Il l'avoue néanmoins humblement : « Mois aussi j'ai songé à la sortie du centre d'apprentissage à me reconvertir. »

 

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En septembre 1975, deux ans après la circulation du dernier convoi tracté par une machine à vapeur entre Lyon et Grenoble, le dépôt de Tergnier est livré aux artificiers. Le site est aujourd'hui en friches, dans l'attente d'un hypothétique raccordement multimodal à la zone industrielle stratégique du Pays Chaunois.

 


 Lorsqu’il dresse le bilan de ses années d’apprentissage, Hervé Trullard ne peut pourtant s’empêcher de pousser un coup de gueule qui résume assez bien l’état d’esprit dans lequel il a retrouvé ses camarades de promotion. « Lorsque des problèmes surgissent dans les banlieues, on entend des politiciens clamer qu’il y a qu’à mettre les jeunes en apprentissage.Ils confondent avec Maison de correction! »

Lui, retient de ses années à Tergnier l’esprit de corps, le mélange de rigueur presque militaire et de bienveillance, la culture des valeurs morales et au final, le respect des autres et du travail. « Un mélange d’esprit critique et d’obéissance qui fait que je n’ai jamais eu de problème, ensuite, pour m’intégrer » conclut-il.

 

A noter:  les organisateurs de ces retrouvailles sont restés sans nouvelle de trois de leurs anciens camarades, à savoir Joel Brasier, Jacques Robin et Christian Ruton. Si le hasard les conduit à lire ces lignes et que l'envie les prend de renouer des liens, qu'ils n'hésitent pas à se manifester auprès du Ternois de service qui transmettra.

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