Le père Joseph, de Vouel à ATD Quart Monde

Publié le par Le Ternois de service

Joseph 2 bis

 Fondateur d'ATD Quart Monde, l'ancien curé de Vouel Joseph Wrésinski s'est éteint un 14 février, le jour où l'on fête l'union des coeurs.

 

Curieux hasard du calendrier : le père Joseph Wrésinski, fondateur d’ATD Quart Monde, s’est éteint un 14 février. Le 14 février 1988 très exactement.

Lui, l’ancien curé de Vouel dont l’Histoire retiendra surtout l’homme de cœur et de convictions, s’est éteint le jour où l’on fête un peu partout les cœurs qui battent.

Le sien de cœur, a battu si fort au lendemain de la guerre que son écho résonne encore en celles et ceux pour lesquels il a battu.

En témoigne la fiction diffusée en octobre dernier par FR3 au lendemain de la journée mondiale du refus de la misère.

Avec Joseph l'insoumis, un film de Caroline Glorion qui décrochait voici quelques mois le Pyrénées d'or de la meilleure fiction lors du festival des créations télévisuelles de Luchon, ce n'est pas seulement la France des sans-logis de l'après guerre qui trouve une tribune ; c'est aussi le combat d'un homme qui, en amont de la naissance d'ATD Quart-monde, en amont aussi de l'institution d'une Journée mondiale du refus de la misère, a imprimé la marque de l'espoir et de la dignité sur de nombreux jeunes Ternois des années cinquante.
Ordonné prêtre à Soissons le 29 juin 1946, Joseph Wresinski alias Joseph l'insoumis confronta pour la toute première fois les fondements de sa vocation à la réalité quotidienne dans le Ternois de la reconstruction, à la tête de l'église de Vouel.

 

Dautry-Wresinski : même combat

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5 mai 2002: la place de la mairie de Vouel portera désormais le nom du père Joseph Wrésinski.

 

 

Son séjour en terre cheminote a t-il influé sur le cours de son existence ? A défaut de réponse formelle, on relèvera que partout sur son parcours, il fit fructifier les mêmes ingrédients de la dignité que ceux insufflés par Raoul Dautry dans la toute première de ses cités cheminotes voisine de la petite église de Vouel. Création d'un jardin d'enfant, d'une bibliothèque, d'un atelier pour les jeunes comme pour les adultes, d'une laverie, d'un salon d'esthétique… La lutte contre la misère ne se cantonne pas au travers du combat de Joseph l'insoumis aux ingrédients de la charité pour laquelle, comme Dautry, il n'éprouve que répugnance.
Sa lutte à lui est d'abord celle pour le respect de l'être humain dans toute sa dignité et dans toutes ses qualités. Aux gamins des années cinquante, il ne demandait rien d'autres que d'être des gamins, rien d'autre que des gamins mais des gamins jusqu'au bout ; au risque parfois de froisser un peu la susceptibilité de celles et ceux qui en attendaient des clones de leurs propres aspirations d'adultes.
Daniel Druart se souvient à ce sujet d'une anecdote qui, à bien y regarder, n'en est pas une : « Pour notre retraite de communiants, il nous avait emmenés dans une maison désaffectée de Frières dont il ne restait quasiment que les murs après un incendie. On a beaucoup joué. Nous sommes rentrés noirs comme des peignes ; forcément, ce n'est pas ce que les parents attendaient… »

 

Un message universel

 

De sa sommaire éducation religieuse, Daniel Druart conserve un enseignement majeur qui dépasse de loin le cadre restreint de la confession : « Il nous avait invités à ramener un jouet de chez nous pour l'offrir à un enfant qui n'en n'avait pas ; mais pas n'importe quel jouet ! Celui que nous préférions ! »
Des curés comme celui-ci, le Ternois en a accueilli quelques-uns qui, comme lui ont imprimé leur marque. On se souviendra de l'abbé Quentin qui, justement, succéda en chaire vouelloise à Joseph l'insoumis. Du côté des jeunes rockeurs des années soixante-dix, on se souvient aussi d'un « curé motard avec des gants blancs » ; celui-là même qui leur transmit le goût de la vie collective, de la musique et, au final, le besoin de créer une MJC.
Mais Joseph Wresinski a imprimé un peu plus profondément que les autres encore son empreinte par l'universalité de son combat.

Lorsqu'en juillet 1956 sur proposition de son évêque, Joseph Wresinski plonge dans l'univers de 252 familles sans logis d'un camp de Noisy le Grand, il entre, écrira t-il plus tard, « dans le malheur » ; un « malheur » qui n'est pas celui de la pauvreté matérielle mais de l'exclusion sociale.
La nuance est de taille car Joseph Wresinski en est d'autant plus convaincu qu'il l'a vécu dans le Ternois : on peut être pauvres mais ne manquer ni de sécurité, ni de solidarité, ni de foi en l'avenir et, au final, de bonheur.
A Noisy le Grand jette-t-il les bases associatives d'un mouvement qui deviendra ATD Quart-monde.
Intégré en 1979 au conseil économique et social, il y militera infatigablement jusqu'à rédiger sous l'intitulé « Grande pauvreté et précarité économique et sociale » un rapport qui, à la fin des années quatre-vingt, bouleversera bien des certitudes européennes et mondiales sur le terrain politique et économique.

 

Eternelle actualité

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Le baptême de la place du père Josph Wrésinski avait donné lieu à une superbe fête en l'église de Tergnier

 

 

Lorsque, le 17 octobre 1987 sur le parvis du Trocadéro à Paris, il proclame que « là où des hommes sont condamnés à vivre dans la misère, les droits de l'Homme sont violés », il ne sait pas encore que les Nations Unies proclameront officiellement en 1992 cette date du 17 octobre Journée mondiale du refus de la misère. Il ne le saura jamais puisqu'il décédera le 14 février 1988. Pour autant, tout dans l'actualité, ramène à son souvenir et à l'horreur qu'il s'était promis de combattre.
Lorsque le 5 mai 2002, Jacques Desallangre, maire de Tergnier, Claude Brocheton, maire délégué de Vouel, et Francine de la Gorce, vice-présidente d'ATD Quart-monde, baptisent la Place Joseph Wrésinski de Vouel, nous sommes à la veille du second tour des fameuses élections présidentielles lors desquelles la « préférence nationale » a bien failli l'emporter.
« Lorsque j'entends parler de préférence nationale, je pense à la famille Wrésinski » notait sobrement Francine de la Gorce.
Moins de dix ans plus tard, le message de Joseph Wresinski fait encore écho à l'actualité ; celle des Indignés qui, de par le monde, s'élèvent contre l'instrumentalisation du genre humain par la Finance.

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