Mai 68 à Tergnier (2): La révolution en 3 D

Publié le par Le Ternois de service

Vitrine

23 mai 1968: la vitrine de Georges Dessessart est tombée sous les coups...

 

Dans le flot des souvenirs plus ou moins rigoureusement exhumés en 2008 à l’occasion du quarantième anniversaire de mai 68, il en est un qui, à Tergnier, tranchait radicalement avec les témoignages consensuels d’une joyeuse pagaille dans une atmosphère bon enfant: celui du 23 mai.

Quanante ans plus tôt, le ciel était tombé sur la tête des Ternois lorsque, au petit matin, ils avaient découvert la vitrine fracassée durant la nuit du magasin du président de l’association commerciale Georges Dessessart.

Les faits s’étaient déroulés vers 0h30 au 37 du boulevard Gambetta, à l’angle du carrefour formé par le boulevard, la rue Hoche et la rue des Quatre Fils Paul Doumer ; au cœur même de la ville.

Selon les premiers témoignages recueillis à l’époque par notre collègue Gilbert Thuet, les faits étaient l’œuvre d’un véritable «  commando » qui avait immédiatement pris la fuite à bord d’une voiture après avoir brisé la vitrine principale du magasin.

Impossible pour notre collègue de ne pas faire le lien avec une autre vitrine brisée à coup de pierres approximativement dans le même temps et selon un scénario semblable : celle de Roger Debarre à Quessy.

L’hypothèse d’une conjonction d’actes isolés était d’autant plus improbable que Roger Debarre n’était autre que le vice président de l’association commerciale ; le bras droit en quelque sorte, de Georges Dessessart.

Une rumeur a immédiatement enflé en ville au point de modifier le cours des évènements de mai 68 à Tergnier : celle des trois D. D comme Dessessart ; D commme Debarre ; D comme Druart aussi, le troisième homme fort de l’association commerciale qui, du trio, est aujourd’hui le seul survivant.

La veille de ce que la presse de l’époque qualifiait «  d’attentats », le bureau de l’association commerciale s’était réuni pour proposer à l’ensemble des, commerçants ternois de fermer leurs échoppes pour manifester leur solidarité avec les grévistes. Une première dans la région ; comme les vitrines brisées tant il est vrai que les évènements de mai s’y étaient jusqu’alors déroulés dans une relative sérénité. Une première dont l’esprit dépassait allégrement le cadre de la grève ; plus qu’une manifestation de solidarité ponctuelle, c’est au rapprochement dans l’épreuve du secteur libéral et du salariat que l’on assistait alors au grand jour ; les prémices d’une nouvelle dimension sociale. Et ce rapprochement se prolongea dans l’organisation par les comités de grève d’une surveillance nocturne des vitrines.

Daniel Druart s’en souvient comme si c’était hier : «  Nous ne dormions pas beaucoup la nuit ; ou seulement d’un œil ; une nuit, j’ai entendu des gens parler devant la vitrine ; je suis immédiatement sorti. Il y avait là trois ou quatre cheminots grévistes envoyés pour surveiller ma vitrine. Il y a eu la vitrine à Dessessart ; celle à Debarre ; la troisième devrait être la tienne, m’ont-ils expliqué. Et chaque nuit jusque la fin des évènements, des cheminots sont revenus surveiller ma vitrine ». Daniel Druart ne pouvait que partager leurs craintes pour sa vitrine : dans la voiture sonorisée de Roger Debarre qui avait sillonné les rues de Tergnier le 22 mai pour appeler les commerçants à la solidarité avec les grévistes, il y avait Roger Debarre au volant, Georges Dessessart à sa droite en tant que président de l’association commerciale et… Daniel Druart au micro ; les trois D.

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