Mai 68 à Tergnier (3): Veillée funèbre sur les trente glorieuses

Publié le par Le Ternois de service

Daniel DruartSi l’évocation des «  attentats » du 23 mai 1968 porte un sale coup aux clichés euphorisants d’une époque de liesse revendicative, elle témoigne aussi de bouleversements plus profonds ingérés avec le bouillon de la grève.

La solidarité du commerce local avec les grévistes n’allait pas de soi, ce que rapportait sobrement à l’époque notre collègue Gilbert Thuet à propos d’une réunion mouvementée de l’association commerciale: «  Il semble, et il convient de le souligner, que quelques commerçants refusent le dialogue et toute explication car c’est sur les raisons mêmes de la grève qu’ils portent leur opposition, ne désirant absolument pas – et c’est leur droit- marquer une solidarité » écrivait-il.

«  Mai 68 à Tergnier a éclaté dans un contexte qui ne se réduit pas à celui de mai 68 » explique Daniel Druart. « La jeunesse aspirait à autre chose et elle l’avait localement manifesté dès 1964 en investissant le marché de la place Herment pour réclamer l’ouverture d’une MJC » se souvient-il. « Quant à la solidarité manifestée par les commerçants, elle s’inscrit dans une époque où le commerce de proximité fonctionnait encore très bien mais nous étions quelques uns au sein de l’association commerciale, à pressentir que cela n’allait plus durer. Nous avions aussi des problèmes ou plutôt, nous savions que nous n’allions plus tarder à en avoir. En nous engageant une journée durant dans la grève, nous voulions engager une autre réflexion sur les orientations à venir en matière de développement commercial et par là, urbain et social ».

1968, se souvient Daniel Druard, c’est quelques mois seulement après l’apparition en France des premières grandes surfaces de vente. La France entrait sur la pointe des pieds dans une logique de recentrage des pôles commerciaux ; cette logique des «  Nouveaux centres » dont une circulaire de juillet 1969 allait jeter les bases pour longtemps. Elle prévoyait le développement de trois types de centres commerciaux. Les premiers «  de voisinage » ; les derniers Mohican du commerce de proximité progressivement inféodés au hard discount. Les deuxièmes «  de communauté », c’est-à-dire accessibles depuis tout point de l’agglomération en une quinzaine de minutes à pied. C’est le complexe de Viry-Noureuil. Les troisième «  régionaux » ; c’est la fuite du chaland, le samedi venu, vers Saint-Quentin.

« Nous étions peu nombreux à l’époque à être conscients des difficultés qui nous attendaient » explique Daniel Druart. « Dans la fournaise de mai 68, chacun avait ses revendications dans son domaine et nous ne faisons pas exception à la règle ; notre implication dans la grève nous semblait être d’autant plus opportune que nous étions également très impliqué dans tous les évènements de la vie locale ». L’association commerciale à l’époque, appelait régulièrement à la rescousse les forces vives associatives pour mener à bien sa fameuse kermesse de la bière. En consacrant de larges pages de son bulletin consacré à «  la vie de l’agglomération ternoise » au CARGT (Comité d’Action pour la Réunion du Grand Tergnier), elle militait très concrètement aussi en faveur du renforcement de l’agglomération. Dans le bouleversement de société qui agitait la France de mai 68, elle estimait devoir tenir sa place pour se préparer au pire. Daniel Druart fait les comptes : «  dans les deux décennies suivantes, cent cinquante commerces ont disparu du paysage ternois ».

MJC 

1964 déjà: la Jeunesse ternoise manifeste en faveur de la création d'une MJC.

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