Un siècle de Franc-maçonnerie (2)

Publié le par Le Ternois de service

Gregoire 2

Le 25 mars 1922, L'Aisne consacre deux tiers de pages au rapatriement du corps du Docteur Grégoire.

 

 

On pourra toujours lui opposer que tout symbole ne vaut que par son interprétation, que le hasard peut être source d’incroyable coïncidence…Daniel Druart sait que son interprétation du symbolisme maçonnique de l’hôtel de ville colle parfaitement à l’état d’esprit de ceux qui en furent les maîtres d’ouvrage.

Il en veut pour preuve la relation par le journal L’Aisne, le 25 mars 1922, des propos échangés par les diverses personnalités autour de la dépouille mortuaire du Docteur Gustave Grégoire, maire de Tergnier de 1896 à 1912.

Tué sur le front de Macédoine en novembre 1917, le Docteur Grégoire, libre penseur et fervent militant de la Ligue des Droits de l’Homme, avait créé en 1911 à Tergnier la loge Proudhon au nom de laquelle Leon Lhérondelle, maire de Fargniers et conseiller d’arrondissement, avait adressé « à Gregoire l’adieu suprême ».

« C'était l'homme aux idées larges et tolérantes, et cet état d'esprit lui ouvrit toutes grandes les portes de la Franc-Maçonnerie. Il fut le créateur de la loge Proudhon à Tergnier qu'il dirigea comme vénérable jusqu'au lugubre jour de la mobilisation. Cette présidence lui permit de montrer plus que partout ailleurs les grandes qualités de son coeur généreux, ses sentiments profondément humanitaires, philanthropiques, ses principes d'amélioration sociale » avait-il déclaré.

C’est aussi, non pas au nom de la loge Proudhon mais « de la Grande loge de France et de la grande famille maçonnique » que M.Pavaillon était venu à Tergnier faire l’éloge de Gustave Grégoire et de la Franc-Maçonnerie tout entière.

C’est en voisin et « frère » enfin que le député-maire de Chauny Adolphe Accambray, qui présida par ailleurs la fédération maçonnique pour la Société des Nations (NDR : l’ancêtre de l’Organisation des Nations Unies), était venu s’incliner sur la dépouille de Gustave Grégoire; non sans relever au passage le gant de la Franc-Maçonnerie face à ses détracteurs : « On a dit que nos loges étaient le lieu de réunion des Jésuites rouges.Ceux qui le prétendent ne disent pas la vérité ou s’abusent, ceux qui la répètent se trompent. La discipline des Francs-maçons n’est pas celle qui condamne l’individu à obéir comme un cadavre, elle est librement consentie; elle est raisonneuse parce que la Maçonnerie a à sa base l’amour et l’exaltation du travail sous toutes ses formes, et que, penser et raisonner sont une forme de travail. »

 

Une passerelle vers le rail

 

Gustave Gregoire Gustave Grégoire, entouré de quelques unes des personnalités les plus marquantes de la vie ternoise du début du XXe siècle.

 

Au nombre des personnalités s’était également exprimé ce jour-là Gaston Claudon, non pas au nom de la ville mais au nom des amis de Gustave Grégoire.Celui qui présida à la reconstruction de Tergnier et de son hôtel de ville n’allait en effet succéder à son « compagnon de lutte » Grégoire que trois ans plus tard, en 1925.

On trouvait encore Charles Secret le moniteur de gymnastique qui, outre qu’il fut l’un des relais de Gustave Grégoire auprès du tissu associatif, avait également donné — déjà — son nom au stade de l’étonnante cité cheminote dont le concepteur, Raoul Dautry, voulait faire la vitrine d’un nouvel urbanisme fondé sur une approche humaniste des relations sociales et de l’économie.

Le détail ne pouvait échapper à Daniel Druart : c’est précisément en s’interrogeant sur les motivations de Raoul Dauty qu’il commença voici quelques années à démêler l’écheveau des empreintes maçonniques disséminées dans Tergnier.

A l’origine, il ne se passionnait que pour cette cité cheminote née après la Grande guerre de la reconstruction et de la concentration du tissu industriel ferroviaire aux portes de la ville de Tergnier; conformément aux options défendues dès 1917 devant la Nation par…le député Adolphe Accambray.

Quid, chez Dautry, des sentiments «  profondément humanitaires » et «  philantropiques » dont Léon Lhérondelle louait la grandeur chez Gustave Grégoire?

Sans prétendre que tous ces acteurs de la construction de l'agglomération ternoise travaillèrent de concert à l'édification des mêmes projets, on peut affirmer qu'ils partageaient pour le moins les mêmes préoccupations.

Les archives de la Bibliothèque Nationale de France en attestent: Raoul Dautry dressa, notamment en septembre 1923 lors du 13e congrès de l'Alliance d'Hygiène Sociale de Strasbourg, un bilan remarquable et remarqué de l'expérience des cités de la Compagnie du Nord. Or parmi les huit vice-présidents de ce congrès siégeait le directeur de l'Office général des assurances sociales d'Estournelles de Constant; celui-là même qui, en tant que premier commissaire européen de la Fondation Carnegie, venait d'impulser la reconstruction de Fargniers sous la mandature de... Léon Lhérondelle.

 

Leon Lherondelle

Maire de Fargniers, Léon Lhérondelle ( debout à droite) s'est exprimé sur le cercueil de Gustave Grégoire au nom de la loge Proudhon.

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